Elodie : « Ce n’est pas le handicap qui décide de ce que l’on peut accomplir »

Elodie, 29 ans, crocheteuse, au travail dans l’atelier Made for a Woman à Antananarivo

Chez Elodie, les mains parlent avant les mots. À 29 ans, cette jeune femme atteinte d’une déficience visuelle est crocheteuse chez Made for a Woman, à Antananarivo. Maille après maille, elle a construit ce que la vie ne lui avait pas donné : un métier, un salaire et sa place.

À Madagascar, de nombreux enfants en situation de handicap n’ont jamais accès à l’école. Devenu·es adultes, ils et elles doivent pourtant trouver leur place dans le monde du travail. La formation professionnelle devient alors une seconde chance. Elodie, restée à la maison jusqu’à ses 20 ans, en est la preuve.

Une maille, puis une autre, puis une autre encore. Dans l’atelier, Elodie travaille sans bruit. Ses doigts connaissent le chemin par cœur. Rien ne la presse. Ses gestes traduisent une patience qui a tout d’une histoire.

 

Une enfance loin de l’école

Celle-ci commence à Manarintsoa, à Sabotsy Namehana, aux portes d’Antananarivo. Elodie est la benjamine d’une fratrie de trois. À 6 ans, une maladie lui fait perdre une partie de sa vue. Ses parents frappent aux portes des écoles ; aucune ne s’ouvre. Pendant que les enfants de son âge apprennent à lire, Elodie reste à la maison. Elle y restera jusqu’à ses 20 ans.

💬 « Chaque matin, les autres enfants partaient avec leur cartable. Moi, je restais. Mais je n’ai jamais arrêté d’apprendre. »

 

Le raphia, puis le crochet

Son école, ce sont les gestes de sa mère, qui travaille dans la confection. Elle y apprend le goût du travail bien fait. Sa première expérience professionnelle, chez un particulier à Nanisana, se termine par une trahison : au moment de payer les salaires, les promesses s’effacent. « Ce jour-là, je me suis promis de ne plus dépendre de la parole des autres. »

Elle rentre chez elle et se met à tresser le raphia à son compte : sacs, paniers, corbeilles, sous-plats et sets de table, qu’elle vend elle-même. Seule, mais debout.

 

Du CNFPPSH à l’embauche chez Made for a Woman

Pour aller plus loin, elle entre au Centre National de Formation Professionnelle des Personnes en Situation de Handicap (CNFPPSH) d’Ampandrianomby : deux années d’apprentissage, deux années à affiner ses gestes. Vient ensuite le moment de bascule : elle fait partie des jeunes retenu·es par le projet TAFA. Elle se perfectionne au crochet chez Made for a Woman et, deux mois plus tard, l’entreprise l’embauche.

💬 « Quand on m’a dit que j’étais salariée, j’ai pensé à ma mère. C’était notre victoire à toutes les deux. »

Toute sa vie, on l’a taquinée : trop silencieuse, pas assez avenante. Elodie sourit et continue : « Je ne parle pas beaucoup. Mais quand je termine un sac, tout le monde comprend ce que je sais faire. »

 

Elodie, 29 ans, crocheteuse, au travail dans l’atelier Made for a Woman à Antananarivo

Des rêves qui poussent ensemble

Autour d’elle, sa foi, sa mère et ses amies forment un cercle solide. Dans l’association OIT [nom à vérifier], elle se forme à l’artisanat et à l’agriculture. Les récoltes de brèdes et de salades partagées entre les membres lui apportent un revenu en plus. « Rien ne pousse seul, ni les brèdes, ni les rêves », confie-t-elle.

Des rêves, justement, Elodie en a. Elle veut apprendre la couture, pour avoir un savoir-faire de plus avec ses mains. Avec sa mère, elle souhaite depuis des années avoir une terre et des animaux. « Ma mère et moi, on imagine déjà notre ferme. Ce rêve, on le construit ensemble depuis longtemps. »

La petite fille restée à la maison tisse aujourd’hui son avenir de ses propres mains. Son message, elle le dit simplement :

💬 « Merci à TAFA d’avoir cru en moi. Ce n’est pas le handicap qui décide de ce que l’on peut accomplir, ce sont la patience et le travail. »

 

Comprendre : de la formation à l’emploi

Le Centre National de Formation Professionnelle des Personnes en Situation de Handicap (CNFPPSH) d’Ampandrianomby joue un rôle clé dans les parcours accompagnés par TAFA. Trois des huit portraits de l’exposition y sont passés :

  • Elodie, formée à l’artisanat, aujourd’hui crocheteuse chez Made for a Woman ;
  • Landria, formée à la couture, aujourd’hui chez TROPIC MAD ;
  • Narindra, formée à l’informatique-bureautique adaptée, aujourd’hui standardiste au Radisson Blu.

Le projet TAFA prend le relais pour transformer ces compétences en emploi : mise en relation avec les entreprises, perfectionnement en milieu professionnel et accompagnement par Humanité & Inclusion. Un chaînage qui fait ses preuves : formation, immersion, embauche.

 

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Le projet TAFA est financé par l’Ambassade de France à Madagascar et porté par l’Agence universitaire de la Francophonie – Afrique Australe et Océan Indien et Humanité & Inclusion – Programme Madagascar, en partenariat avec le Réseau ZARA.

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