Prisca : « J’aime mon corps, c’est ce qui m’a donné la force de continuer »

Prisca, 26 ans, étudiante en sociologie et vice-présidente de l’AEHUTE, à l’Université d’Antananarivo

À 26 ans, Prisca est étudiante en Master 1 de sociologie, spécialisée dans l’éducation, à l’Université d’Ankatso. Vice-présidente de l’AEHUTE, elle milite pour l’inclusion à l’université et dans l’éducation, avec une détermination qui ne cherche pas à impressionner, simplement à exister pleinement.

Accéder à l’université ne suffit pas : encore faut-il pouvoir y circuler, y suivre les cours et y être compris·e. Pour les étudiant·es en situation de handicap, l’inclusion se joue autant dans les bâtiments que dans les mentalités. Prisca en a fait son combat.

 

Une enfance marquée par l’incompréhension

Prisca vit avec une infirmité motrice cérébrale (IMC) qui affecte ses mouvements et sa posture, dans un environnement qui exclut encore. Le premier combat commence à la maison.

💬 « Ma mère […] n’a pas compris ce que j’avais. […] Il en était de même avec mes frères et sœurs, qui ne comprenaient pas pourquoi je ne pouvais pas faire les choses comme elles ou eux. Je suis la seule dans la famille à être comme ça. Mon enfance a été très difficile, je pleurais tous les jours. »

Ces larmes répétées lui causent même des problèmes cardiaques.

 

L’école, un terrain d’injustices

L’école aurait dû être un refuge ; elle devient un terrain d’injustices. À cause des discriminations, Prisca change plusieurs fois d’établissement.

💬 « J’étais dans une école où les profs avaient honte de moi. Il leur arrivait même de manipuler mes notes. Si j’avais un 15, ils l’abaissaient à 5 ! Tout cela pour que j’abandonne l’école. »

Pourtant, Prisca ne plie pas. Elle trouve enfin un établissement qui l’accepte et décroche, à 21 ans, son baccalauréat mention Assez Bien. Cette victoire n’efface pas les blessures, mais elle prouve qu’elle a sa place.

 

L’université, entre réussite et obstacles quotidiens

Franchir les portes de l’université est déjà une réussite, même si la filière reste à choisir. Le déclic vient d’une rencontre.

💬 « Un jour, j’ai rencontré le président de l’Association des Étudiants Handicapés de l’Université de Tananarive et Ex (AEHUTE). Je lui ai dit que je voulais étudier à Ankatso et il m’a conseillé de faire de la sociologie. »

La vie universitaire est moins violente, même s’il faut encore expliquer pour être comprise. « Maintenant, j’ai des ami·es, des personnes qui me voient autrement. » Le quotidien, lui, reste un parcours du combattant : descendre du bus, prendre les escaliers, passer d’un bâtiment à l’autre. « Les infrastructures ne sont pas pensées pour les personnes à mobilité réduite. »

 

S’engager pour l’inclusion dans l’éducation

Son engagement naît de toutes ces expériences. Vice-présidente de l’AEHUTE, dont les missions principales sont l’inclusion à l’université et dans l’éducation, elle prend son rôle à cœur, parce que son histoire rejoint celle de beaucoup d’autres.

💬 « Nous, les personnes en situation de handicap, nous avons les mêmes droits que tout le monde : étudier, avoir une vie sociale et professionnelle. Il faut sensibiliser, changer les regards, accompagner surtout dans les parcours académiques. »

Abandonner ? L’idée ne l’a jamais effleurée. Chaque obstacle l’a construite. « Mon message, c’est qu’il faut accepter son corps. J’aime le mien, c’est ce qui m’a donné la force de continuer. »

 

Comprendre : rendre l’enseignement supérieur plus inclusif

Le témoignage de Prisca met en lumière trois chantiers que l’enseignement supérieur malagasy commence à investir :

  • L’accessibilité physique : transports, escaliers, circulation entre les bâtiments ;
  • La pédagogie inclusive : avec TAFA, les enseignant·es de l’ENI Fianarantsoa ont été formé·es à adapter leurs pratiques à la diversité des étudiant·es ;
  • La parole des étudiant·es : des associations comme l’AEHUTE ou celle des étudiant·es en situation de handicap de Barikadimy portent ces enjeux au sein des universités.

En associant le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique et les universités partenaires, le projet TAFA contribue à faire de l’inclusion un enjeu partagé par toute la communauté universitaire.

 

Établissements d’enseignement supérieur, découvrez comment TAFA accompagne la formation des enseignant·es à la pédagogie inclusive.

Le projet TAFA est financé par l’Ambassade de France à Madagascar et porté par l’Agence universitaire de la Francophonie – Afrique Australe et Océan Indien et Humanité & Inclusion – Programme Madagascar, en partenariat avec le Réseau ZARA.

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