Urcilla : « Créer un espace où les différences sont vécues comme une richesse »

À 23 ans, Urcilla étudie la sociologie politique à l’Université de Fianarantsoa. Venue du Sud de Madagascar, elle interroge l’écart entre les ambitions des projets de développement et le quotidien des populations. Avec son équipe, elle a lancé Tafaray, un projet communautaire pour l’inclusion.
Et si les jeunes n’étaient pas seulement bénéficiaires de l’inclusion, mais aussi ses artisan·es ? À l’issue du parcours TAFA, des étudiant·es ont conçu et organisé leurs propres projets communautaires. À Fianarantsoa, Urcilla et son équipe ont lancé Tafaray.
L’aînée, entre exigence et écoute
Née à Manambato, dans la région Anosy, Urcilla a grandi dans le district d’Amboasary Sud. Elle est l’aînée de cinq enfants dans une famille modeste. Sa mère enseigne en école primaire publique (EPP) ; son père est vendeur en épicerie. Ni l’un ni l’autre n’a obtenu le baccalauréat, mais à la maison, les études passent avant tout.
💬 « Petite, on m’a toujours poussée à étudier, surtout à lire et à être curieuse de tout. Être l’aînée est aussi une grande responsabilité, je dois être un exemple pour mes frères et sœurs. »
De cette place, elle tire une exigence envers elle-même comme envers les autres, et une certaine idée du leadership. Dans sa famille, guider ne se résumait pas à prendre la parole : il fallait aussi écouter, considérer les autres, comprendre leurs différences.
Interroger l’écart entre projets et réalités
Le choix de la sociologie politique ne doit rien au hasard. Dans le Sud, de nombreux projets de développement et programmes communautaires sont mis en œuvre. Urcilla observe et s’interroge.
💬 « Je me suis rendu compte que ces projets-là ne produisent pas réellement les effets attendus sur les bénéficiaires. À travers mes observations, je constate qu’il y a un décalage entre les ambitions affichées et les réalités vécues par les populations. »
Cette question devient son fil rouge. Elle rejoint plusieurs organisations de la société civile. Au cœur de ses recherches : les effets du système patriarcal, la place accordée aux femmes et les obstacles qui limitent encore la pleine jouissance de leurs droits.
Déléguée de classe, puis le parcours TAFA
À l’université, elle devient déléguée de classe, avec une centaine de camarades. Elle doit accorder des personnalités différentes, apaiser les tensions, apprivoiser son stress. L’expérience la fait grandir en confiance.
En 2025, après une longue hésitation, elle rejoint le parcours TAFA : gestion de projet, communication, intelligence émotionnelle, entrepreneuriat. Ces compétences deviennent vite des outils concrets.

Tafaray : l’inclusion par la culture, le jeu et le sport
Avec une équipe, elle lance Tafaray, un projet communautaire fondé sur l’inclusion et la diversité. Il rassemble des associations régionales autour de trois axes : les échanges culturels (Tafaray Kolontsaina), les jeux (Tafaray Lalao) et le sport (Tafaray Hery).
💬 « Nous avons organisé ces événements en treize jours. C’était un grand défi, mais nous l’avons relevé. Pour moi, la question de l’inclusion est importante. Tafaray a pu créer un espace où les différences peuvent être reconnues, comprises et vécues comme une richesse. »
Le pari réussi lui ouvre des portes : elle est recommandée auprès de plusieurs personnes et élargit son réseau professionnel.
Viser les organisations internationales
Et demain ? Urcilla vise haut : rejoindre un jour une grande organisation internationale, comme les Nations Unies ou la Banque mondiale. Elle rêve aussi de devenir conférencière et enseignante, pour transmettre ses connaissances et faire bouger la société.
| Comprendre : des projets conçus par les étudiant·es
Au terme du parcours TAFA, les étudiant·es mettent en pratique leurs compétences en gestion de projet, communication et entrepreneuriat en concevant des initiatives pour leur campus et leur territoire :
Ces projets renforcent l’employabilité des jeunes, qui y gagnent en expérience et en réseau, et inscrivent l’inclusion dans la vie des campus. |
Lisez aussi le portrait de Rodolphe et de Fabrina, engagé·es dans le projet MIRAY à Toamasina.
Le projet TAFA est financé par l’Ambassade de France à Madagascar et porté par l’Agence universitaire de la Francophonie – Afrique Australe et Océan Indien et Humanité & Inclusion – Programme Madagascar, en partenariat avec le Réseau ZARA.
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